L’hymen ce barrage insurmontable

Une grande majorité des femmes vaginiques imaginent que l’hymen est la source de leur souffrance et si par une opération salvatrice, il vient à être écarté pour de bon à savoir avec une hyménotomie, leur sexualité serait enfin libérée. Hélas ce n’est pas aussi facile que ça, le problème est bien plus compliqué qu’une simple membrane à exclure ! L’hymen est très peu innervé, il constitue une sorte d’anneau à un centimètre ou deux de l’entrée du vagin, il a un trou qui autorise l’écoulement des règles et des pertes alors ce n’est pas un mur infranchissable comme pense la plupart.

La société surtout arabo-musulmane a sacralisé cette membrane, si une dame ne saigne pas, elle est impure par définition. Les histoires abondent dans la culture populaire sur des épouses qui se sont vues répudiées durant leur nuit de noces juste parce qu’il n’y a pas eu le sang. Dans le cerveau d’une vaginique, l’hymen forme automatiquement le barrage qui ne lui permet pas d’avoir une pénétration. Le malheur est que cette fausse croyance est appuyée par un grand nombre de médecins qui une fois la femme leur parle des symptômes, le diagnostic est presque toujours le même : hymen dur, il faut une opération. J’ai longuement réfléchi à la question, pourquoi ce terme revient souvent et pourquoi beaucoup de professionnels n’arrivent pas à donner le type de virginité et demandent mécaniquement l’hyménotomie ?

Il est très important de connaître le genre exact d’hymen. Le plus courant est l’annulaire ou circulaire avec ouverture centrale variable. Il y a l’hymen imperforé avec une membrane qui tapisse l’entrée du vagin et ne laisse pas les flux menstruels passer donc ce genre de cas est facile à détecter vu que la fille n’aura pas ses règles, ici l’opération s’impose. Une menue entaille pour créer l’orifice permettant ainsi à la femme de vivre ses cycles normalement. L’hymen microperforé, il couvre presque entièrement l’entrée du vagin, généralement les menstruations s’écoulent, mais la personne ne sera pas capable d’insérer un tampon ou le retirer. Du fait de la trop minuscule taille de l’ouverture dans ce cas- là, une petite incision est nécessaire pour l’agrandir. Je dois avouer que j’ai eu une seule fois affaire à ce type de membrane. La dame avait perdu beaucoup de temps ne sachant pas ce qu’elle avait et pensant vers la fin qu’elle était vaginique. Un médecin lui a fait le bon diagnostic : hymen microperforé. Il a pu lui faire une petite intervention l’aidant ainsi enfin à guérir et avoir une vie sexuelle épanouie. C’est pour cette raison que nous, avant de commencer l’accompagnement, on insiste sur la visite médicale pour écarter les possibilités physiques : type de l’hymen ou malformation ou toute autre cause d’ordre gynécologique.  Mais malheureusement, beaucoup de femmes que j’ai pu coacher ont été victimes d’un mauvais diagnostic surtout : hymen dur, elles ont fait l’intervention et ça n’avait pas du tout amélioré leur cas au contraire certaines ont même eu des complications … Je me rappelle d’une coachée Jamila mariée depuis huit ans et toujours vaginique. Elle avait aussi un utérus infantile qui réduisait sa possibilité d’avoir des enfants. Elle avait effectué l’hyménotomie et elle a saigné pendant quinze jours. Elle me rapporte qu’elle avait beaucoup souffert et que suite à l’opération, elle a eu une sorte de petit bout de membrane qui a poussé à la place. Elle a revu le médecin, on lui a reproposé une nouvelle intervention, agrandir le vagin et c’est le Coût trop élevé qui l’a dissuadée ! Au bout de deux mois de coaching, elle était guérie et a pu avoir la sexualité à laquelle elle aspirait tant !

Il existe d’autres genres d’hymen comme bridé ou septum, il présente deux minuscules ouvertures sur le vagin au lieu d’une seule, il suffit d’une chirurgie mineure pour enlever la bande de tissu afin de créer un orifice normal.

J’ai accompagné une fille Hanane qui avait le septum et tous les médecins lui ont conseillé l’opération, elle refusait catégoriquement de la subir. On a pu effectuer un énorme travail et finalement elle est guérie, mais ce qui a été épatant aucune goutte de sang ! Elle me répétait souvent : Mais où est partie la membrane du milieu ? Ce qui s’est passé est simplement à force de s’exercer et de se détendre, son vagin a réagi intuitivement : s’ouvrir pour accueillir le pénis dans la valse de l’amour et la jouissance parce qu’elle a pu accepter au niveau mental que son corps est créé de façon ingénieuse et que son vagin se dilate tel une fleur de lotus pour profiter de la sexualité sous toutes ses formes.

 Il y a aussi l’hymen cribriforme ou criblé qui comporte une membrane percée de multiples petits orifices, avec ce genre-là, les saignements peuvent des fois être importants. Hymen scléreux ou en carène dit par certains médecins vascularisés dur avec une membrane épaisse et résistante qui gêne les relations sexuelles. Il en existe d’autres comme l’hymen semi-lunaire ou falciforme avec une ouverture qui rappelle la demi-lune, hymen a languette ou à pendentif avec encoches naturelles qui ressemble par sa forme un peu à l’angine, hymen frangé ou à bord sinueux, Hymen lobé à échancrures congénitales. Hymen complaisant, tolérant ou labié avec une membrane élastique qui se dilate sans saigner et sans se déchirer, et enfin hymen absent , ce sont des femmes qui naissent sans hymen. Je pense souvent aux cultures strictes qui ont accusé à tort de jeunes mariées d’être libertines à cause du manque de sang la première fois sachant que plus de 50% de femmes ne saignent pas.

Si la personne est calmée et lubrifiée et apprécie l’acte sexuel, la membrane se détend surtout quand les préliminaires ont duré assez longtemps, la pénétration se fait de façon fluide sans causer les ravages auxquels tant d’individus s’attendent, s’il y a hémorragie, c’est que les parois du vagin sont trop vascularisées ou bien ont présenté une blessure.

Surtout dans le cas des filles qui sont contractées. La première fois le périnée peut se fermer automatiquement et si l’homme tâche de forcer, les dégâts sont inévitables. Il y aura une sorte de coupure au niveau de son périnée.

Une relation sexuelle c’est un bel échange énergétique, ce n’est pas une course ou une sorte de performance. Le compagnon doit prendre son temps s’il sent que sa compagne a peur, il doit essayer de la déstresser au maximum et les choses vont se faire naturellement.

Comment se déroule une hyménotomie est-ce une solution au vaginisme ?

         L’importance accordée à l’hymen et les rituels autour du sang et de la première pénétration ont énormément contribué au vaginisme de plusieurs femmes, elles ont eu tellement peur que ça leur fasse mal que rien que d’y penser, elles se contractent automatiquement. Dans la culture populaire, l’hymen garantit la pureté et la virginité, mais c’est complètement faux, la personne peut avoir une vie sexuelle active : fellation, sodomie et garder son soi-disant hymen. Or une autre peut n’avoir jamais eu de rapport et pourtant on peut la condamner juste parce qu’elle n’a pas saigné.

Les raisons peuvent être : soit elle est née sans hymen, soit elle a l’hymen complaisant élastique qui ne saigne pas. Sinon elle peut dans des cas rares l’avoir perdu étant jeune en faisant du vélo, équitation ou gymnastique.

Dans certaines cultures, on demande encore l’attestation de virginité qui est à mon sens une aberration totale, c’est pour cette raison-là que beaucoup de filles même instruites, d’un certain niveau, ont recours à l’hyménoplastie pour rétablir leur hymen afin d’éviter les problèmes. Cette intervention dure à peu près trente minutes, le médecin utilise un fil résorbable et sous anesthésie générale ou locale selon la patiente. Le chirurgien suture les séquelles de l’hymen pour reformer une fine membrane si les restes de l’hymen ne suffisent pas, il peut prélever les muqueuses environnantes, les fils utilisés disparaissent en deux ou trois semaines. La personne peut sortir le jour même.

Une amie me rapporte qu’un jour l’une de ses copines qui avait perdu son hymen suite à une longue relation qui s’est soldée par un échec, a voulu recommencer sa vie avec un autre et elle n’a pas osé lui raconter la vérité, donc elle est partie faire l’hyménoplastie. Son mari n’a pas pu conclure l’acte sexuel car la dame était trop serrée quand elle a reconsulté son médecin, il lui annonce : —Voilà je t’ai fait les points de suture infranchissables, on dirait celle d’un jean. Ainsi, ta pénétration sera d’une telle difficulté qu’il n’y verra rien. Avec ce genre d’histoire, on se pose bien la question qui est en train de tromper qui ? Beaucoup de femmes maghrébines et arabes choisissent de vivre librement leur sexualité, mais toujours de façon clandestine, alors que les hommes peuvent se pavaner avec le nombre incalculable de leurs conquêtes féminines mais celle qu’il va épouser aurait forcément des comptes à lui rendre et lui impossible c’est son droit ! C’est d’une grande aberration tout cela ! Les seules explications qu’elle aurait à fournir c’est à dieu selon sa croyance, la fornication et l’adultère sont interdites pour les deux sexes néanmoins, chez certains couples même arabes, on remarque de petits changements qui commencent à s’installer, mais il reste du chemin à faire. Pour les vaginiques, la question va dans l’autre sens : comment me débarrasser de mon hymen, car il constitue le barrage à ma sexualité ?

Chose assez bizarre, beaucoup d’hommes consentent et veulent bien qu’elle le fasse malgré leur héritage culturel assez présent qui dit : c’est moi qui devrais la dépuceler, la rendre femme, c’est la preuve de ma virilité et de son innocence.

Mais à force de tentatives vouées à l’échec et les frustrations qui viennent avec, ils finissent par céder et chercher l’hyménotomie ou hymenectomie qui est à la base une petite intervention. Certains médecins peuvent la proposer sans anesthésie, d’autres avec une anesthésie locale, le chirurgien utilisera des outils spéciaux pour couper la membrane de l’hymen afin de pratiquer une ouverture. La taille de cette dernière dépendra de l’épaisseur de l’hymen du fait qu’il y avait déjà orifice ou d’autres conditions à prendre en compte. Une fois l’ouverture pratiquée, le chirurgien utilisera des points de suture pour sécuriser ces incisions, ces points seront absorbés naturellement à fur et à mesure que le corps cicatrise. Dans les premiers jours, uriner peut-être douloureux. Il est à noter que la personne qui subit cette intervention peut quitter l’hôpital le jour même[4]  par ailleurs, elle peut se sentir assez bien après une semaine ou environ un mois. Mais dans certains cas le malaise peut persister pendant quelques mois. La question que je me pose est si la chirurgie se passe comme ce que j’ai mentionné et avec toutes ces précautions, comment se fait-il qu’il y ait beaucoup de femmes avec qui j’ai eu la chance d’échanger et qui ont enduré cette opération sans toutes ces précautions… une phrase se répète toujours : le docteur m’a dit : —J’ai fait une ouverture et le mari peut continuer le travail, parfois ils leur demandent de le faire le jour même ! Ma sœur Zoubida a fait cela sans anesthésie sans rien et durant tous ses rapports c’était la douleur. Il lui a fallu accoucher par voie basse pour enfin dépasser toutes ces gènes occasionnées par la pénétration. Dans le cadre du vaginisme, il est fondamental de consulter des personnes bien sensibilisées à cette problématique. Pour ma part, j’en ai vu quatre et chacune d’entre elles m’a donné un genre d’hymen différent, la deuxième avait proposé l’intervention et c’est pour ce motif que j’ai toujours recommandé aux femmes d’être sûres avant d’entreprendre quoi que ce soit, pour la simple raison que je suis passée par là et je connais les tourments et les souffrances que peut traverser une vaginique. Ce qu’on doit retenir : pas de chirurgie à moins d’être certaine qu’elle est inévitable, une femme vaginique a assez de peurs et de phobies comme ça, en rajouter avec une opération n’a vraiment rien d’attrayant !  J’ai posé la question une fois à un médecin, Gislaine qui était aussi vaginique. Elle était angiologue je l’accompagnais dans le cadre du coaching. Je voulais savoir comment se fait-il que beaucoup de gynécologues ne soient pas assez sensibilisés à la problématique du vaginisme. Elle m’a répondu que dans les modules étudiés, il n’y a pas de spécialisation dans le vaginisme donc il faut orienter les personnes atteintes vers un sexologue qui peut entamer le travail psychologique et même physique. On peut bien sûr avoir recours à une sage-femme ou kinésithérapeute pour plus d’efficacité dans les résultats, sinon s’entraîner seule à la maison avec ses dilatateurs peut être d’une aide très précieuse.

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Kawtar Ben Touhami

Spécialisée dans le traitement du vaginisme, elle a transformé son expérience personnelle en une méthodologie thérapeutique efficace et a aidé des centaines de femmes à guérir complètement et à retrouver une vie normale en un temps remarquablement court.